Guingamp En Avant de Guingamp : après-guerre, le rêve brisé d’un grand club

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, En Avant de Guingamp s'associe aux usines Tanvez, fleuron de l'industrie locale. Un échec cuisant. Pire, le club se scinde en deux.

09/12/2015 à 16:14 par fanchlepivert

L'effectif d'En Avant de Guingamp lors de la saison 1950-1951. Debout, de gauche à droite : Armand Deruaz (entraîneur de 1948 à 1953), Bogas, Kervizic, Maurice Gabillard, Marcel Schmitt, Robert Gabillard et Jean Rolland. Accroupis, de gauche à droite : Garcia, Paujalte, Tchanchinov, Marcel Delacroix et Llido.
L'effectif d'En Avant de Guingamp lors de la saison 1950-1951. Debout, de gauche à droite : Armand Deruaz (entraîneur de 1948 à 1953), Bogas, Kervizic, Maurice Gabillard, Marcel Schmitt, Robert Gabillard et Jean Rolland. Accroupis, de gauche à droite : Garcia, Paujalte, Tchanchinov, Marcel Delacroix et Llido.

Llido, Del Monte, Del Pozo, Bogas, Garcia, etc. En cette année 1947, En Avant de Guingamp a des consonances espagnoles. Ces nouveaux joueurs viennent de la région parisienne, des clubs de l’A.S. Espagnole, du Desportivo ou de L’Avia. Des transferts organisés par le président du club Hubert Couquet. Un homme ambitieux, également patron des usines Tanvez, fleuron de l’industrie guingampaise.

Les usines Tanvez ont employé jusqu'à 1500 personnes à Guingamp.
Les usines Tanvez ont employé jusqu'à 1 600 personnes à Guingamp.

Quatre ans plus tôt, un accord a été conclu entre le club, alors présidé par Yves Jaguin, et l’entreprise industrielle, plus gros employeur de Guingamp, qui, à son apogée, comptera jusqu’à 1 600 salariés. Un tournant dans l’histoire du club.

L’exemple de Sochaux et de Peugeot

L’arrangement est simple : les nouvelles recrues d’En Avant seront prioritaires pour travailler à l’usine. Une union entre une entreprise et un club qui n’est pas sans rappeler Sochaux et le constructeur automobile Peugeot. Clin d’œil de l’histoire, en janvier 1950, En Avant est opposé au modèle doubiste en 32e de finale de la Coupe de France. Les professionnels l’emportent sur le score de 5 à 1.

En janvier 1950, à Chartres, En Avant de Guingamp rencontre Sochaux en 32e de finale de la Coupe de France.
En janvier 1950, à Chartres, En Avant de Guingamp rencontre Sochaux en 32e de finale de la Coupe de France.

Mais revenons à cette année 1947. Un moment dont se souvient Jean-Paul Briand, aujourd’hui président de l’association En Avant. Un fidèle du club depuis les années 50, joueur puis dirigeant. Comme le fût son père, Albert, jusqu’à sa disparition en 1991.

Jean-Paul Briand :
Ces nouveaux joueurs étaient  tourneurs ou ajusteurs de métier. A leur arrivée à Guingamp, comme prévu, ils ont trouvé un emploi aux usines Tanvez. Ils effectuaient leur journée de travail jusqu’à 16 heures et ensuite, chaussaient leurs crampons

La saison 1947-48 est pleine de promesses, malgré une défaite à Saint-Pol-de-Léon dans un match couperet pour le retour en Division d’Honneur, quittée depuis le début des années 30. Ce ne sera que partie remise.

Les recrues se succèdent et viennent cette fois de l’est de la France. C’est l’arrivée des frères Delacroix et de Marcel Schmitt.

Marcel Schmitt, ici en 2009, raconte ses souvenirs d'En Avant. il nous a quittés en février 2011.
Marcel Schmitt, ici en 2009, raconte ses souvenirs d'En Avant. il nous a quittés en février 2011.

Marcel Schmitt, celui qui a défendu les cages rouge et noire durant de longues années, racontait en 2009 :

Je lisais France Football et un beau jour, je suis tombé sur une annonce du club d’En Avant qui recrutait un gardien de but. C’était mon poste, alors j’ai écrit en me disant que je n’avais rien à perdre. Et la réponse a été favorable

Marcel Schmitt évoquait aussi les relations dans l’usine, entre les joueurs et les ouvriers :

Il faut reconnaître que nous étions préservés, voire même chouchoutés par la direction qui comptait sur nous en championnat. Ce qui donnait lieu à des réflexions d’ouvriers qui n’appréciaient pas forcément le foot.

Voilà qui en dit long sur l’ambiance de l’époque. Entre paternalisme d’un chef d’entreprise et volonté de bâtir une équipe pour retrouver une place de choix dans les cœurs guingampais. Car en 1948, le basket est devenu roi dans la cité. Le Stade Charles de Blois, le rival, est même sacré champion de Bretagne dans cette discipline  !

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L’année suivante, En Avant retrouve la Division d’Honneur. Le gratin du football régional auquel il se confrontera jusqu’en 1953. Puis la rechute. Deux ans plus tard, l’arrivée d’un nouvel entraîneur-joueur de renom, l’international Jean Prouff, 19 fois capés en équipe de France, ni changera rien. Pire, après son départ, l’équipe première redescend même d’un échelon en 1957.

La création du football-club de Guingamp

En Avant s’est perdu en chemin. On assiste à des querelles intestines. Le président Couquet n’a plus la même aura, affaibli par les médiocres résultats de l’équipe, une défaite aux élections municipales en 1953 et les difficultés de son usine qui débauche.

En 1957, c’est la scission d’En Avant avec la création du Football Club de Guingamp. L’aventure du FCG balbutiera jusqu’à sa disparition en 1971, au plus bas de l’échelon départemental.

Jean-Paul Briand :

Il s’agit d’une page très importante de l’histoire d’En Avant, car le club aurait pu disparaître, sans l’investissement des instits qui ne l’ont jamais lâchés. Ce qui sauve En Avant à l’époque, c’est Bréhec

A Bréhec, à la colonie des P’tits gars, des hommes comme Paul Guézennec, Pierre Mordelet ou Albert Briand accueillent et forment des jeunes pousses qui commencent à briller à l’échelle régionale. Bien au-delà même bientôt.

Après les années transferts, En Avant retrouve ses fondamentaux. Les instits reprennent la main et jouent la formation. Les P’tits gars se préparent à enchanter la France du football…

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